Voilà un poème de Baudelaire que je viens de découvrir et que je trouve très beau.
J'aime beaucoup le style de ce poète. Les vers en alexandrins sont les vers les plus difficiles à écrire pour moi et la chute des poésies est géniale (en tout cas pour ceux que j'ai lus).
Charles BAUDELAIRE
(1821-1867)
Incompatibilité
Tout là-haut, tout là-haut, loin de
la route sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les
coteaux,
Par delà les forêts, les tapis de verdure,
Loin des
derniers gazons foulés par les troupeaux,
On rencontre un lac
sombre encaissé dans l'abîme
Que forment quelques pics désolés
et neigeux ;
L'eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et
n'interrompt jamais son silence orageux.
Dans ce morne désert,
à l'oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et
longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D'une
vache qui paît aux penchants des vallons.
Sur ces monts où
le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu'allume le
soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce
lac où le soir mire son teint vermeil,
Sous mes pieds, sur ma
tête et partout, le silence,
Le silence qui fait qu'on voudrait
se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car
l'air est immobile et tout semble rêver.
On dirait que le
ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l'onde, et que ces
monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave
attitude,
Un mystère divin que l'homme n'entend pas.
Et
lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac
silencieux,
On croirait voir la robe ou l'ombre transparente
D'un
esprit qui voyage et passe dans les cieux.

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